La deuxième journée de l’assemblée jeunesse vient de se clôturer par une belle soirée sociale. Je suis partagé entre ma fatigue, le besoin de repos et l’envie de vous laisser quelques mots, de partager avec vous une journée, si… excitante, il faut le dire!
Le programme de la journée annonçait déjà la couleur: trois grands thèmes de débats: justice économique, efficacité de l’aide et changements climatiques. Trois thèmes plus que d’actualité qui interpellent. Cerise sur le gâteau, un aréopage d’intervenants compétents, je dirai d’experts mais aussi de militants… On est loin d’un cours technique, académique, mais loin aussi de l’angélisme béat ; on se trouve face à la réalité du monde, dépeint dans tout son état, à travers des histoires. Il faut noter que ce matin là, marquait l’entrée en scène d’Amnesty International avec la présentation de la campagne Dignité.
Il serait sans doute fastidieux de vous relater tout ce qui s’est dit. Mais que puis-je vous servir comme plat de résistance, oublions en passant entrée et dessert, qui puisse nourrir votre fièvre militante ?
Dans le premier thème sur les clivages économiques, Savio Carvalho, notre directeur de campagne (Demand Dignity) fixe le décor en établissant d’une part le lien entre pauvreté et droits humains, et d’autre part en soulignant avec force le rôle d’AMPLIFICATEUR d’AI. Nous sommes là, pour porter haut et loin la voix des sans voix, soutenir l’action des autres en leur apportant notre expertise, notre force de frappe ainsi que notre crédibilité afin de mettre les droits humains au cœur des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), protéger les droits de ceux qui sont frappés par la pauvreté, préserver la santé maternelle, exiger une obligation de rendre des comptes (accountability). Il faut résolument s’attaquer aux causes et non aux effets. Et à cet effet, les jeunes ont un rôle à jouer pour faire cesser les abus de droits qui maintiennent les gens dans la pauvreté. Olivier à sa suite a partagé avec nous sa formidable expérience de l’entreprenariat social. De tout ceci il en a retiré une leçon de vie : « On peut changer le monde en se changeant soi-même ». Il faut donc, avoir la volonté de changer, savoir identifier le problème et sa passion et développer le réseau nécessaire pour le résoudre mais sans jamais craindre de se tromper. Janet, sur la responsabilité sociétale des entreprises, souligne que celles-ci ont tous les droits de la personne humaine sans pour autant assumer les responsabilités conséquentes. Elles ont une forte influence et sont au cœur des crises économiques et sociales. Il faut par conséquent s’assurer de l’existence de mécanismes juridiques adéquats de reddition de comptes, montrer la réalité de la puissance du consommateur que nous sommes.
Le second panel sur le changement climatique a mis en exergue les oppositions entre les différents acteurs sur la marche à suivre : Copenhague en a été la manifestation. Il s’agit là non pas de valeurs morales mais de questions de survie, de paix et de stabilité et une question intergénérationnelle. Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace Afrique du sud affirmera avec force que nous devons agir maintenant, ensemble et différemment, changer le paradigme de la surconsommation, changer la crise en opportunité. Empruntant à Al Gore qui lui-même s’était inspiré de la sagesse africaine en ces termes « si vous voulez aller vite, aller seul ; si vous voulez aller loin, aller ensemble. » il conclut sur le défis qui nous attend en tant que jeune militant : celui d’aller vite et loin.
Le troisième et dernier panel sur l’aide emprunte le même ton : il nous appartient, jeunes, de faire changer les choses. En finançant certains projets, les partenaires financiers encouragent la médiocrité et ne considèrent pas la jeune génération. Du haut de ses 38 ans d’expériences dans le développement international à travers le monde, Michel Larouche martèle qu’il faut arrêter de penser que tout ce qui se fait est normal et interroger les attitudes que les bailleurs de font ont envers les populations bénéficiaires, souvent traités comme des victimes et non comme des partenaires. La manière dont l’aide est délivrée en Afghanistan et de son incapacité à répondre aux réels besoins en est, selon Nahzat, une illustration parfaite. Des groupes de travail ont permis aux jeunes de plancher en profondeur sur ces trois thématiques et de proposer des solutions qui seront discutées et soumises à l’assemblée mondiale.
Que retenir en substance de cette journée ? Les jeunes doivent croire en leur capacité de changer les choses. L’erreur fait partie de l’action et le rêve, de la vie. Osons donc rêver l’impossible « Dream the impossible dream » comme l’affirme Savio.
La nuit sera courte mais demain promet d’être encore plus palpitant d’émotions mais surtout d’action: des interventions radio et télé en vue (BBC worldservice, Radio Canada), mais surtout une marche contre les injustices jusqu’au Palais des congrès de Montréal, site de l’assemblée mondiale qui commence demain. A chacune de ces occasions nous ne manquerons pas d’amplifier la voix des sans voix et de porter le message sur l’urgence de ne pas maintenir les gens dans la pauvreté par la violation de leurs droits.
Et toi qui me lis, que comptes-tu donc faire avec ta section, ton groupe? Et si l’on partageait nos idées?
Urbain K. YAMEOGO